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Que se passe-t-il quand on appelle le 15 ou le 112 ? Une infirmière de régulation répond

Une infirmière de régulation décrit le trajet d'un appel au 15 ou au 112 : l'assistant qui décroche, le médecin régulateur, les questions posées, les réponses possibles, et les erreurs qui retardent les secours.

Entretien

Informations relues le

Infirmière de régulation d'une quarantaine d'années, casque-micro sur les oreilles, souriante, assise devant des écrans dans une salle de régulation lumineuse
Derrière le 15, une équipe répond jour et nuit et décide avec vous de la suite à donner.

Quand on hésite à appeler le 15, on se demande surtout qui va répondre, ce qu’on va nous demander, et si l’on dérange pour rien. Nadège Vasseur, infirmière de régulation, travaille chaque jour à l’autre bout du fil. Sa réponse tient en deux idées : en cas de doute sérieux, appelez ; et plus vos informations sont précises, plus l’aide arrive vite et juste. Pour situer ce réflexe parmi les autres, le repère général sur quand consulter selon les symptômes est un bon point de départ. Elle parle ici de sa pratique de façon générale, sans aucun cas identifiable. Elle ne donne pas d’avis personnel : pour votre situation, consultez un médecin ou composez le 15.

Qui décroche quand on appelle le 15 ou le 112 ?

Quand une personne compose le 15, à qui parle-t-elle en premier ?

À un assistant de régulation médicale, que l’on appelle souvent l’ARM. Il décroche, ouvre le dossier, note les informations de base : où se trouve la personne, ce qui se passe, qui est concerné. Il pose ensuite quelques questions protocolées pour évaluer la gravité. Ce n’est pas un interrogatoire pour le plaisir : ces questions servent à décider très vite si une équipe doit partir tout de suite ou si l’appel doit passer à un médecin pour une évaluation plus fine. Selon le cas, il transfère l’appel au médecin régulateur le plus adapté, ou il engage une équipe sans attendre.

Et le médecin régulateur, que fait-il ?

C’est lui qui conseille ou oriente vers le dispositif de soin le plus adapté, et qui déclenche les moyens si nécessaire. Les assistants dirigent l’appel vers lui. L’équipe est un travail collectif : chacun a un rôle précis, et les décisions d’orientation reviennent au médecin. Moi, je travaille dans cette équipe, au service de ce trajet, mais je ne remplace jamais l’avis du médecin régulateur. Ce qui compte pour la personne au téléphone, c’est que quelqu’un l’écoute immédiatement et prenne la situation au sérieux.

Le 112 fonctionne-t-il de la même façon que le 15 ?

Pour l’appelant, ce qui compte est de se faire entendre, pas de choisir le « bon » numéro. Le 15 est le numéro du Samu pour une urgence médicale. Le 112 est le numéro européen, utilisable pour une urgence médicale, un accident ou un danger. Service-Public.fr l’écrit simplement : malaise, accident de la route, incendie, personne blessée, le 15, le 18 ou le 112 conviennent. Dans tous les cas, l’appel est orienté vers le service adapté. Si vous hésitez entre deux numéros, composez l’un des trois : vous ne serez pas renvoyé.

Combien de personnes appellent chaque année ?

Beaucoup, et ce chiffre surprend. Selon la DREES, les Samu ont traité 20,7 millions de dossiers de régulation en 2022, soit 48,2 % de plus qu’en 2014. Je tiens à préciser qu’un dossier n’est pas un appel : un dossier est ouvert pour chaque appel décroché en rapport avec un problème médical, médico-social ou sanitaire, et le nombre de dossiers ne correspond pas au nombre d’appels. Retenez surtout que vous n’êtes pas le premier à vous demander si vous pouvez appeler. Les équipes sont organisées pour répondre à un très grand nombre de demandes, selon les données publiées par la DREES.

Quelles questions vous pose-t-on, et pourquoi ?

Quelles sont les toutes premières questions ?

L’adresse, d’abord, et un numéro de rappel. C’est la base : sans cela, on ne peut ni envoyer une équipe, ni vous rappeler si la ligne se coupe. Les appels d’urgence sont géolocalisés, mais je dis toujours que l’adresse précisée de vive voix reste plus sûre qu’un point sur une carte, surtout dans un immeuble, une zone isolée ou un lieu mal repéré. On demande ensuite ce qui se passe, en quelques mots, puis qui est concerné : vous, un proche, un inconnu.

Pourquoi demande-t-on l’âge et l’état de la personne ?

Parce que la même plainte ne veut pas dire la même chose chez un nourrisson, chez un adulte en bonne santé ou chez une personne âgée ou fragile. On demande aussi si la personne est consciente, si elle respire normalement, si elle parle, si elle répond quand on lui parle. Ces questions peuvent sembler simples ou répétitives, mais elles sont les plus utiles. Elles ne cherchent pas à vous tester : elles décident du niveau de réponse. Je demande aussi les maladies connues et les traitements en cours, parce que cela change parfois l’orientation.

Quelles sont les erreurs fréquentes qui font perdre du temps ?

Je les connais bien, et elles sont humaines. Voici celles que j’entends le plus souvent :

  • donner une adresse approximative ou oublier de préciser l’étage, le code ou le bâtiment ;
  • raccrocher dès que l’on pense que les secours sont partis, alors que l’équipe a encore des questions ;
  • répondre « je ne sais pas » à tout, au lieu de décrire simplement ce que l’on voit ;
  • quitter le lieu ou occuper la ligne sans être joignable pour un rappel ;
  • appeler plusieurs numéros à la suite pour la même situation, ce qui fait doublon.

Comment bien décrire ce que l’on voit quand on n’est pas soignant ?

Avec des mots simples et des faits : « elle ne répond plus quand je lui parle », « il se tient la poitrine et transpire », « il a le visage qui tombe d’un côté ». Pas besoin de vocabulaire médical, et pas besoin de poser un diagnostic. Je préfère une description concrète à un mot technique mal employé. Si vous ne savez pas, dites-le : « je ne sais pas si elle respire ». Cette phrase-là est une information précieuse, et l’équipe saura vous guider pour vérifier.

Infirmière de régulation, casque sur les oreilles, qui écoute attentivement un appelant en prenant des notes devant plusieurs écrans
Les premières questions servent à localiser la personne et à mesurer la gravité de la situation.

Quand faut-il appeler le 15 ou le 112 sans attendre ?

Existe-t-il une règle simple pour décider d’appeler ?

Le principe est le même que celui que vous décrit un médecin généraliste, par exemple dans l’entretien avec un généraliste sur la fièvre, la fatigue et la douleur : plus le signe est brutal, grave ou inhabituel, plus il faut agir vite. Un signe léger, qui s’améliore, peut se surveiller et se discuter avec un médecin. Un signe grave et soudain relève du 15 ou du 112, sans attendre le lendemain. Le schéma ci-dessous donne les repères, que je résume toujours de la même façon aux personnes que je rappelle.

Surveiller et attendre

  • Un signe léger, connu, qui s'améliore d'un jour à l'autre
  • Une gêne qui ne perturbe ni le sommeil, ni les gestes quotidiens
  • Une question d'organisation, comme un renouvellement ou un certificat, qui relève du médecin traitant

Consulter vite, sous 24 à 48 h

  • Un symptôme nouveau qui s'installe ou s'aggrave, sans signe d'urgence
  • Un symptôme chez un nourrisson, une personne âgée ou une personne fragile
  • Un doute sérieux et aucune solution rapide auprès de votre médecin : le 15 peut vous orienter

Urgence : appeler le 15 ou le 112

  • Visage paralysé, faiblesse soudaine d'un bras ou d'une jambe, trouble de la parole
  • Douleur intense dans la poitrine qui dure, avec arrêt de toute activité
  • Malaise, difficulté à respirer, perte de connaissance
  • Toute situation brutale et grave, ou personne dont la vie vous paraît en danger

Quels signes imposent d’appeler tout de suite ?

Deux situations reviennent sans cesse. La première est l’accident vasculaire cérébral (AVC). Le repère qui circule sur les sites des agences régionales de santé (ARS) est facile à retenir : visage paralysé, inertie d’un membre, trouble de la parole, en urgence appelez le 15. La Haute Autorité de santé (HAS) précise qu’un symptôme évocateur justifie un appel immédiat, même s’il régresse. La seconde est la douleur dans la poitrine : pour la Fédération française de cardiologie, une douleur intense de plus de 20 minutes impose d’appeler immédiatement le 15 et d’arrêter toute activité.

Un signe qui disparaît peut-il être ignoré ?

Non, et c’est l’un des messages que je répète le plus. Un symptôme d’AVC qui s’efface au bout de quelques minutes peut correspondre à un accident ischémique transitoire, un signal d’alarme et non une fausse alerte. Les personnes appellent parfois le lendemain en disant « c’est passé, je voulais juste savoir ». Je leur réponds qu’elles ont bien fait d’appeler, et qu’il fallait le faire dès le moment où le signe est apparu. La règle de la HAS est claire : appel immédiat du 15 devant tout symptôme évocateur, même en cas de régression.

Et si l’on n’est pas sûr que ce soit grave ?

On appelle quand même. Le doute est précisément la situation pour laquelle la régulation existe. Vous n’avez pas besoin de savoir de quoi il s’agit, ni de vous être trompé de numéro. Pour une personne seule, sourde, sourdaveugle, malentendante ou aphasique, le 114 est accessible par SMS, application ou internet, et la HAS le rappelle explicitement pour un symptôme évocateur d’AVC. Le 3114 est le numéro national de prévention du suicide : gratuit, joignable à toute heure, ouvert aussi aux proches inquiets.

Que peut-on vous répondre au téléphone ?

Est-ce que l’appel débouche toujours sur l’envoi d’une équipe ?

Non, et c’est une idée reçue qu’il vaut mieux corriger. Le 15 n’est pas réservé aux urgences vitales. D’après l’ARS Île-de-France, le régulateur peut donner un conseil médical, orienter vers une consultation urgente, vers une maison médicale de garde ou, si nécessaire, vers un service d’urgences. Cette orientation s’inscrit dans le service d’accès aux soins (SAS), accessible en appelant le 15. Autrement dit, la réponse est adaptée à la situation, pas systématiquement un départ d’ambulance. Le tableau ci-dessous résume les issues possibles d’un appel, telles que les décrivent les sources officielles.

Situation décrite Issue possible Qui décide
Signe grave et brutal, vie en danger Engagement immédiat d’une équipe de secours Assistant de régulation et médecin régulateur
Problème de santé sérieux, sans urgence vitale Consultation urgente ou maison médicale de garde Médecin régulateur
Doute, besoin d’un avis Conseil médical par téléphone Médecin régulateur
Situation grave confirmée à l’évaluation Orientation vers un service d’urgences Médecin régulateur

Cette grille ne remplace pas l’évaluation faite au téléphone : chaque appel est traité pour lui-même, avec les informations que vous donnez.

Quelle est la différence entre une urgence et un soin non programmé ?

Les ARS parlent de soin non programmé pour une situation qui ne relève pas de l’urgence vitale, mais pour laquelle une prise en charge est souhaitable en moins de 48 heures. Une fièvre qui s’installe, une douleur nouvelle, une toux qui dure et qui gêne en sont des exemples. Dans ces cas, le premier réflexe est de joindre son médecin traitant ; s’il n’est pas disponible, un autre professionnel de proximité comme le pharmacien peut orienter. Sans solution rapide, le 15 prend le relais et c’est ce que nous faisons tous les jours.

Le 116 117 remplace-t-il le 15 ?

Pas partout de la même façon, et je préfère ne pas donner d’horaires que je ne peux pas garantir. Selon les textes officiels, la régulation est accessible gratuitement par le 116 117 ou par le 15, et c’est le directeur de l’ARS qui décide lequel est utilisé sur son territoire. Mon conseil est simple : en cas de doute sur le numéro local, composez le 15, qui reste le réflexe valable partout et à toute heure.

Que faire si l’on vous demande de ne rien faire, ou au contraire de faire quelque chose ?

Suivre les consignes, tout simplement. Quand la situation s’y prête, l’équipe peut vous guider au téléphone : rester auprès de la personne, la mettre dans une position sûre, desserrer un vêtement, ou aller ouvrir à l’équipe. Je ne détaillerai pas ici de gestes particuliers : ils dépendent de chaque situation, et c’est la personne qui vous répond qui vous les dira, au bon moment. Ce qui compte, c’est de rester en ligne et de faire ce qu’on vous demande, sans prendre d’initiative que personne ne vous a conseillée.

Femme d'une trentaine d'années debout dans un salon, téléphone collé à l'oreille, qui s'adresse à une amie assise sur le canapé
Rester en ligne et suivre les consignes aide l'équipe à adapter sa réponse jusqu'à l'arrivée des secours.

Comment se préparer, et que dire à ses proches ?

Que peut-on faire dès maintenant, sans attendre une urgence ?

Retenir les numéros, et les afficher chez soi. Le 15 pour le Samu et les urgences médicales, le 112 comme numéro européen, le 18 pour les pompiers, le 17 pour la police. Ces appels sont gratuits, joignables 24 h sur 24 et 7 jours sur 7, géolocalisés et absents des factures. Ils fonctionnent même avec une carte SIM sans forfait. Le détail officiel est sur la page des numéros d’urgence de Service-Public.fr. Prévenez aussi les enfants et les personnes âgées de votre entourage, qui hésitent parfois à appeler.

Quelles informations garder à portée de main ?

Quelques éléments simples facilitent beaucoup l’appel. Voici ceux que j’aimerais que chacun ait sous la main :

  • votre adresse complète, avec l’étage, le code et le nom sur la sonnette ;
  • la liste des médicaments pris par la personne concernée, sur une ordonnance ou une photo ;
  • les maladies connues et les allergies importantes ;
  • un téléphone chargé, que vous pouvez garder libre pour un rappel.

Ces informations ne remplacent pas un dossier médical, mais elles accélèrent l’évaluation. Pour le bon usage des traitements en général, le pilier médicaments : bon usage rassemble les repères officiels.

Que dire à quelqu’un qui n’ose pas appeler ?

Que personne ne s’en voudra d’avoir appelé. Ce que j’entends le plus, c’est « je ne voulais pas déranger ». Dans une salle de régulation, on préfère mille fois un appel qui se révèle sans gravité à un appel qui n’a pas eu lieu. L’inverse n’est pas vrai : un signe grave laissé de côté peut coûter cher. Si la personne est seule, qu’elle appelle et qu’elle décrive ce qu’elle ressent. Si elle est avec vous, appelez pour elle.

Une dernière question : pour un simple certificat, faut-il appeler le 15 ?

Non. Pour un certificat ou une démarche administrative, il vaut mieux joindre votre médecin traitant. Les ARS le disent clairement : ne pas aller directement aux urgences pour une situation relevant de la médecine générale. Le 15 n’est pas là pour ça, mais il reste joignable si vous n’avez aucune autre solution pour un vrai problème de santé.

Ce qu’il faut retenir

Si vous deviez ne garder qu’un conseil, lequel serait-il ?

Appelez sans attendre quand un signe est brutal et grave, et appelez aussi dès que vous avez un doute sérieux et aucune solution rapide. Donnez une adresse précise, décrivez simplement ce que vous voyez, restez en ligne et suivez les consignes. Retenez les repères : visage paralysé, inertie d’un membre, trouble de la parole, douleur intense dans la poitrine qui dure, malaise, difficulté à respirer. Le reste se discute avec votre médecin traitant ou votre pharmacien. Les repères du schéma plus haut résument l’essentiel.

Et pour celui qui hésite encore devant son téléphone ?

Je lui dirais de composer le numéro. Personne, en salle de régulation, ne juge une personne qui appelle de bonne foi. Nous avons été formés pour écouter, pour poser les bonnes questions et pour décider avec le médecin régulateur de la suite à donner. Cet entretien reste général : pour votre situation personnelle, consultez votre médecin traitant, et en cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

Les questions qu'on nous pose souvent

Quelle différence entre le 15 et le 112 ?

Le 15 est le numéro du Samu pour une urgence médicale. Le 112 est le numéro européen, utilisable pour une urgence médicale, un accident ou un danger. Dans les deux cas, l'appel est gratuit, joignable 24 h sur 24, et vous êtes orienté vers le service adapté. En cas de malaise ou de personne blessée, le 15, le 18 ou le 112 conviennent.

Le 15 est-il réservé aux urgences vitales ?

Non. D'après l'ARS Île-de-France, le régulateur peut donner un conseil médical, orienter vers une consultation urgente, une maison médicale de garde ou, si nécessaire, un service d'urgences. Vous pouvez donc appeler quand vous ne trouvez pas de solution rapide auprès de votre médecin, ou quand vous avez un doute sérieux.

Qui répond quand on appelle le 15 ?

Un assistant de régulation médicale décroche en premier. Il note les informations utiles, évalue la gravité grâce à quelques questions protocolées, puis transfère l'appel au médecin régulateur le plus adapté ou engage une équipe si nécessaire. C'est le médecin régulateur qui conseille ou oriente vers le dispositif de soin approprié.

Faut-il raccrocher une fois les secours en route ?

Non, restez en ligne tant qu'on ne vous dit pas de raccrocher. L'équipe peut avoir besoin de précisions, vous guider dans les gestes à faire et suivre l'évolution de la situation. Gardez votre téléphone libre pour être rappelé si la ligne se coupe.

Que faire si l'on est sourd ou malentendant ?

Le 114 est destiné aux personnes sourdes, sourdaveugles, malentendantes et aphasiques. Il est accessible par SMS, application ou internet. La HAS le rappelle aussi pour une personne seule face à un symptôme évocateur d'AVC.

Peut-on appeler le 15 pour un simple conseil ?

Oui, quand il s'agit d'un problème de santé que vous ne parvenez pas à faire évaluer à temps par votre médecin ou un autre professionnel de proximité. Le régulateur évalue la situation et oriente. Pour un certificat ou une démarche administrative, mieux vaut contacter votre médecin traitant.

Où vérifier ces informations ?

  1. Service-Public.fr — Numéros d'urgence
  2. ARS Île-de-France — Besoin de soins : à qui s'adresser
  3. DREES — Les Samu en 2022 (Études et Résultats n° 1325)
  4. HAS — AVC : points critiques (octobre 2025)