
La cigarette électronique aide-t-elle à arrêter de fumer ? Ce que disent les autorités de santé
Les autorités de santé françaises ne recommandent pas la cigarette électronique comme méthode de sevrage de première intention. Voici leurs positions datées, les risques du double usage et les aides dont l'efficacité est prouvée.
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Non, les autorités de santé françaises ne recommandent pas la cigarette électronique comme méthode de sevrage de première intention. Elles reconnaissent qu’elle peut intéresser certains fumeurs très dépendants, mais elles rappellent aussi que ses effets à long terme restent mal connus et que les aides dont l’efficacité est prouvée passent en premier. Cet article, rattaché à la rubrique infections, voies respiratoires et ORL, fait le point sur ce qui est établi, avec la date de chaque position citée, car le sujet évolue.
Que disent la HAS et le HCSP sur le vapotage et le sevrage ?
Deux institutions ont pris position. La Haute Autorité de santé (HAS) a écrit, dans un document mis en ligne en novembre 2018 et mis à jour en juin 2019, qu’il n’est pas possible de recommander les cigarettes électroniques dans le sevrage tabagique en raison de l’insuffisance de données sur leur efficacité et leur innocuité à long terme. Le même document précise que le professionnel de santé ne déconseille pas leur usage et accompagne l’arrêt ou la réduction du tabac. La page de la HAS sur le sevrage tabagique détaille cette position.
Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), l’instance qui conseille les pouvoirs publics, a actualisé son avis le 26 novembre 2021. Il remplace celui de février 2016. Le tableau suivant résume ce que ces deux avis disent, à leur date.
| Question | Position | Source et date |
|---|---|---|
| Recommander la vape pour arrêter de fumer ? | Non, faute de données suffisantes sur l’efficacité et l’innocuité à long terme | HAS, 2018-2019 |
| Aide au sevrage proposée par les soignants ? | Les traitements dont l’efficacité est prouvée d’abord ; preuves insuffisantes pour proposer la vape | HCSP, 26 novembre 2021 |
| Usage possible hors du système de soins ? | Oui, produit de consommation ; l’absence de preuves n’exclut pas un bénéfice possible pour certains consommateurs | HCSP, 26 novembre 2021 |
| Vape et tabac en même temps ? | Formellement déconseillé en toutes situations | HCSP, 26 novembre 2021 |
Ces positions datent de plusieurs années. Si vous vous demandez ce que disent aujourd’hui les autorités, demandez l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien, qui connaît les recommandations en vigueur.
La vape est-elle moins risquée que le tabac ?
C’est la question que tout le monde pose, et la réponse est nuancée. Le HCSP formule une hypothèse : un usage exclusif de la cigarette électronique serait moins risqué que le tabac, mais plus risqué que l’absence d’usage. Il précise que la réduction du risque à moyen et long terme n’est pas démontrée. Autrement dit, « moins risqué » ne veut pas dire « sans risque », et personne ne peut aujourd’hui garantir que la vape est inoffensive sur dix ou vingt ans.
Sur l’efficacité pour arrêter, le HCSP relève que les essais sont peu nombreux et que leur qualité méthodologique est inférieure à celle recommandée. Aucune étude en double aveugle, comparant un e-liquide avec nicotine à un e-liquide sans nicotine, n’a montré de supériorité. Une méta-analyse Cochrane de 2021 conclut à une abstinence plus probable avec la nicotine, mais une autre revue, celle de l’organisme irlandais Health Research Board, ne le confirme pas. Les données restent donc partagées.
Ce que les autorités ne disent pas non plus : que la vape « soigne » quoi que ce soit. Elle n’est pas un médicament et ne traite aucune maladie. Si vous toussez depuis longtemps, que vous fumiez ou que vous vapotiez, la cause doit être recherchée avec un médecin, comme l’explique l’article sur la toux persistante.
Pourquoi vapoter et fumer en même temps est-il déconseillé ?
C’est le point sur lequel le HCSP est le plus ferme. Il déconseille formellement l’association de la vape et du tabac, en toutes situations. Son avis indique que réduire le nombre de cigarettes fumées tout en vapotant ne modifie pas le profil de risque du fumeur, et peut même l’augmenter. Il relève aussi que la moitié des vapoteurs continuent de fumer, occasionnellement ou chaque jour.
Les chiffres de Santé publique France vont dans le même sens. Son Baromètre 2024, publié en décembre 2025, indique que 7,9 % des 18-79 ans déclarent vapoter, dont 6,1 % tous les jours. Parmi les vapoteurs quotidiens, 47,7 % fument aussi et 49,5 % sont d’anciens fumeurs. La synthèse du Baromètre de Santé publique France présente ces résultats en détail.
Concrètement, le double usage garde l’exposition au tabac et y ajoute celle de la vape. Si vous vapotez déjà et que vous fumez encore, parlez-en à votre médecin : l’objectif est l’arrêt complet du tabac.
Quelles sont les aides dont l’efficacité est prouvée ?
Le HCSP demande aux professionnels de santé d’utiliser en priorité des traitements, médicamenteux ou non, dont l’efficacité est prouvée. Santé publique France en donne la liste :
- les substituts nicotiniques, remboursés, utilisés en moyenne pendant 3 à 6 mois ;
- le bupropion LP et la varénicline, deux médicaments disponibles uniquement sur ordonnance ;
- les thérapies cognitivo-comportementales et l’entretien motivationnel, des approches de soutien psychologique ;
- à l’inverse, l’hypnose et l’acupuncture n’ont pas d’efficacité reconnue.
Le choix d’un traitement dépend de votre situation : seul un médecin, un pharmacien ou une sage-femme peut vous le proposer après un échange.
Pour un accompagnement à distance, Tabac info service répond au 39 89. Le service est gratuit hors coût d’appel, ouvert du lundi au samedi de 8 h à 20 h, avec un suivi par le même tabacologue.
Quand une personne vulnérable peut-elle être orientée vers la vape ?
Le HCSP ne ferme pas complètement la porte. Il estime que la cigarette électronique pourrait aider à atteindre des personnes vulnérables, très dépendantes à la nicotine, qui cumulent par exemple une autre addiction, une maladie ou des difficultés sociales, qui ont exprimé une préférence pour la vape et qui adhèrent peu aux traitements validés. Cette recommandation est conditionnelle et temporaire. Les traitements validés restent proposés en première intention.
Pour les femmes enceintes, la position est plus stricte. Le HCSP déconseille la cigarette électronique, avec ou sans nicotine, chez la fumeuse enceinte, faute de données d’efficacité et par précaution. Il indique que les substituts nicotiniques, sous suivi d’un professionnel, sont une alternative efficace et sûre. Cette question se traite avec une sage-femme ou un médecin, dans le cadre du suivi décrit sur la page santé des femmes.
Les adolescents constituent un autre point de vigilance. Selon le HCSP, les données scientifiques sont plutôt en faveur d’un rôle d’initiation au tabac chez les jeunes. L’idée que la vape retarderait l’entrée dans le tabagisme n’est pas soutenue par la littérature, et l’avis recommande de maintenir l’interdiction de vente aux mineurs.
Que dit la réglementation sur les e-liquides ?
En Europe, la directive 2014/40/UE encadre la cigarette électronique. Elle fixe notamment des règles de sécurité qui s’appliquent à tous les produits vendus.
- Le liquide contenant de la nicotine ne dépasse pas 20 milligrammes par millilitre.
- Les flacons de recharge font 10 millilitres au maximum ; les réservoirs des dispositifs jetables et des cartouches à usage unique, 2 millilitres au maximum.
- Un dispositif de sécurité enfants et l’inviolabilité du contenant sont obligatoires.
- Un avertissement sanitaire indique que la nicotine crée une forte dépendance.
- Chaque produit est notifié aux autorités six mois avant sa mise sur le marché, avec ses ingrédients, ses émissions et ses données toxicologiques.
En France, la vente des « puffs », ces cigarettes électroniques jetables, est interdite depuis la loi n° 2025-175. Selon Service-public.gouv.fr, la vente, la distribution, la remise gratuite et la détention pour vendre sont sanctionnées d’amendes pouvant être très lourdes. L’information date de février 2025.
Quand consulter si vous fumez ou vapotez ?
Le tabagisme et le vapotage peuvent justifier un avis médical, que vous ayez envie d’arrêter ou que des symptômes apparaissent. Voici des repères généraux.
Surveiller et attendre
- Envie de fumer ou de vapoter fréquente au début d'un arrêt
- Gorge légèrement irritée, qui s'améliore en quelques jours
- Questions sur les aides à l'arrêt, à poser à votre prochain rendez-vous
Consulter vite, sous 24 à 48 h
- Toux qui persiste ou s'aggrave
- Essoufflement nouveau à l'effort
- Vous êtes enceinte et vous fumez ou vapotez
- Vous n'arrivez pas à arrêter de fumer malgré la vape
Urgence : appeler le 15 ou le 112
- Difficulté brutale à respirer
- Douleur serrant la poitrine, malaise
- Liquide de recharge avalé par un enfant ou ingestion accidentelle suivie d'un malaise
Ce qu’il faut retenir
- La vape n’est pas un produit sans risque : le HCSP la juge plus risquée que l’absence d’usage, et ses effets à long terme restent à démontrer.
- Elle n’est pas un traitement et ne soigne aucune maladie.
- Vapoter tout en continuant de fumer ne réduit pas le risque et peut l’augmenter.
- Pendant la grossesse, le HCSP déconseille la cigarette électronique.
- Un médecin, un pharmacien, une sage-femme ou Tabac info service (39 89) peuvent vous accompagner vers un arrêt complet.
Les positions des autorités évoluent avec les connaissances : la date de chaque avis cité ici est donnée pour que vous puissiez les replacer dans leur contexte. Pour votre situation personnelle, consultez un professionnel de santé ; l’entretien avec une pharmacienne sur le bon usage des médicaments explique le rôle du pharmacien dans cet accompagnement.
Les questions qu'on nous pose souvent
La cigarette électronique est-elle moins dangereuse que la cigarette ?
Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) formule l'hypothèse qu'un usage exclusif de la vape est moins risqué que le tabac, mais plus risqué que l'absence d'usage. Il ajoute que la réduction du risque à moyen et long terme n'est pas démontrée. Il ne s'agit donc pas d'un produit sans danger.
Les autorités de santé recommandent-elles la vape pour arrêter de fumer ?
Non, pas en première intention. En 2018-2019, la Haute Autorité de santé (HAS) jugeait impossible de la recommander dans le sevrage faute de données suffisantes. En novembre 2021, le HCSP a estimé que les preuves étaient insuffisantes pour la proposer comme aide au sevrage, tout en reconnaissant un bénéfice possible pour certains consommateurs.
Peut-on vapoter et continuer à fumer ?
Le HCSP déconseille formellement l'association de la vape et du tabac, en toutes situations. Il indique que réduire le nombre de cigarettes tout en vapotant ne modifie pas le profil de risque du fumeur et peut même l'augmenter. Parlez-en à votre médecin pour construire un arrêt complet.
La cigarette électronique est-elle déconseillée pendant la grossesse ?
Oui. Le HCSP déconseille la cigarette électronique, avec ou sans nicotine, chez la fumeuse enceinte, faute de données d'efficacité et par précaution. Il indique que les substituts nicotiniques, sous suivi d'un professionnel de santé, sont une alternative efficace et sûre. Parlez-en à votre sage-femme ou à votre médecin.
Que contient la réglementation européenne sur les e-liquides ?
La directive européenne 2014/40/UE limite la nicotine des liquides à 20 milligrammes par millilitre et les flacons de recharge à 10 millilitres. Elle impose un dispositif de sécurité enfants, un avertissement sanitaire sur la dépendance et la notification de chaque produit aux autorités avant sa mise sur le marché.
Où trouver de l'aide pour arrêter de fumer ?
Parlez-en à votre médecin, à votre pharmacien ou à une sage-femme. Vous pouvez aussi appeler Tabac info service au 39 89, un service gratuit hors coût d'appel, ouvert du lundi au samedi de 8 h à 20 h, avec un suivi par le même tabacologue.
Où vérifier ces informations ?
- HCSP — Avis sur les bénéfices et les risques de la cigarette électronique (26 novembre 2021)
- HAS — Sevrage tabagique : des outils pour repérer et accompagner les patients
- Santé publique France — Sevrage tabagique : quels sont les traitements efficaces ?
- Santé publique France — Vapotage : usage et évolutions récentes, Baromètre 2024
- Directive 2014/40/UE sur les produits du tabac et les produits connexes